Loi Evin mutuelle départ retraite : le maintien individuel de la complémentaire santé
Au moment du départ en retraite, un salarié peut demander à conserver la complémentaire santé de son ancienne entreprise à titre individuel et payant, en application de la loi Evin. Les tarifs de ce contrat maintenu sont plafonnés et augmentent progressivement sur trois ans.
Par Grégoire Lhermet, rubrique Mutuelle d'entreprise, mis à jour le 04 novembre 2026.
L'essentiel
- La loi Evin (loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, article 4) permet au retraité de demander le maintien individuel et payant de la mutuelle de son ancienne entreprise
- Ce maintien n'est pas gratuit : contrairement à la portabilité des salariés au chômage, le retraité paie seul la cotisation dès le premier jour
- Les tarifs sont plafonnés de façon progressive : égaux à ceux des actifs la première année, puis majorés au maximum au cours des deux années suivantes, et libres ensuite
- L'organisme assureur doit adresser sa proposition de maintien au plus tard deux mois après la fin de la portabilité ou du contrat de travail
- Le départ en retraite n'ouvre pas droit à l'assurance chômage : la portabilité classique de douze mois ne s'applique donc en principe pas dans ce cas
Au départ en retraite, un salarié ne bénéficie pas automatiquement du maintien de la mutuelle d'entreprise : la portabilité classique, réservée aux ruptures de contrat ouvrant droit à l'assurance chômage, ne joue en principe pas lors d'un départ volontaire à la retraite. En revanche, la loi Evin, issue de l'article 4 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, lui donne le droit de demander à l'organisme assureur le maintien individuel et payant de la complémentaire santé qu'il avait dans son entreprise, à des conditions tarifaires encadrées.
Cet article explique ce que prévoit exactement la loi Evin pour un salarié qui part en retraite, en quoi ce dispositif diffère de la portabilité des salariés au chômage, quelles conditions doivent être réunies, comment est calculé le tarif du contrat individuel, qui doit informer qui et dans quels délais, ce que couvre réellement ce maintien, et les erreurs qui conduisent des retraités ou des employeurs à se tromper sur leurs droits et obligations.
Ce que change la loi Evin au moment du départ en retraite, en une phrase
Lorsqu'un salarié quitte son entreprise pour partir en retraite, il peut demander à l'organisme assureur de son ancien employeur le maintien, à titre individuel et payant, de la complémentaire santé collective dont il bénéficiait : c'est ce que désigne, dans le langage courant, le « dispositif loi Evin », par opposition à la portabilité gratuite réservée aux salariés indemnisés par l'assurance chômage. Ce maintien n'est pas automatique dans son déclenchement : c'est une proposition que l'organisme assureur doit faire parvenir, et une adhésion que le retraité choisit ou non d'accepter.
La distinction entre les deux dispositifs est au cœur des erreurs constatées chez les petits employeurs et les salariés proches de la retraite, car les conditions d'accès, la durée et surtout le coût ne sont pas les mêmes.
Qu'est-ce que la loi Evin et à quoi s'applique-t-elle exactement
La loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, dite loi Evin, encadre notamment les conditions dans lesquelles un ancien salarié peut continuer à bénéficier, à titre individuel, des garanties de complémentaire santé qu'il avait en tant que salarié actif. La fiche de référence de Service Public sur le maintien de la complémentaire santé après la fin du contrat de travail précise que l'organisme assureur adresse une proposition de maintien des garanties à titre individuel, appelé « dispositif loi Evin », au plus tard deux mois après la fin de la portabilité. C'est ce même dispositif qui s'applique, de façon similaire, au moment d'un départ en retraite.
Il faut distinguer trois régimes qui se succèdent parfois dans la vie d'un même salarié :
- le régime collectif obligatoire, pendant que le contrat de travail est en cours, financé pour au moins moitié par l'employeur, comme le rappelle la fiche Service Public Entreprendre sur l'obligation de l'employeur en matière de complémentaire santé ;
- la portabilité, maintien temporaire et gratuit pour l'ancien salarié qui perçoit une indemnisation chômage à la suite d'une rupture de contrat (hors faute lourde) ;
- le maintien individuel loi Evin, payant, pour les personnes qui ne sont plus salariées et qui ne relèvent pas (ou plus) de la portabilité, notamment les retraités.
Pour un employeur, comprendre cette articulation évite de promettre à un salarié partant en retraite un maintien gratuit de la mutuelle d'entreprise, ce qui n'est jamais le cas.
Portabilité et départ en retraite : deux dispositifs à ne pas confondre
La portabilité suppose une indemnisation chômage
La portabilité, décrite par la fiche Service Public consacrée au maintien de la complémentaire santé après la fin du contrat, exige que la rupture du contrat de travail ouvre droit à une prise en charge par l'assurance chômage : démission légitime, rupture conventionnelle homologuée, licenciement hors faute lourde, fin de CDD. Elle dure alors une période égale à celle de l'indemnisation chômage, dans la limite de la durée du dernier contrat de travail, sans pouvoir excéder douze mois, et elle est financée par les cotisations déjà versées par l'employeur et le salarié pendant l'activité : le retraité n'a rien à payer pendant cette période.
Le départ volontaire en retraite n'ouvre pas ce droit
Un départ en retraite, lorsqu'il résulte d'une décision du salarié, n'ouvre normalement pas droit à l'assurance chômage. La condition d'indemnisation chômage posée pour la portabilité n'étant pas remplie, c'est le maintien individuel loi Evin qui constitue la voie d'accès au maintien de la mutuelle, et non la portabilité classique. Ce maintien est, dès le départ, payant pour l'ancien salarié : il ne s'agit plus d'une prolongation gratuite de droits acquis, mais de l'adhésion à un contrat individuel proposé par l'organisme assureur.
Les conditions pour bénéficier du maintien individuel à la retraite
Pour pouvoir demander le maintien individuel de la complémentaire santé au moment du départ en retraite, le salarié doit avoir été couvert par le régime collectif de complémentaire santé de son entreprise jusqu'à la cessation de son contrat de travail. L'employeur doit, de son côté, avoir respecté son obligation de faire bénéficier tous ses salariés d'une complémentaire santé d'entreprise, quelle que soit leur ancienneté, conformément à la fiche Service Public Entreprendre sur l'obligation de l'employeur en matière de complémentaire santé.
La demande de maintien individuel n'est pas automatique dans son effet : c'est une proposition de l'organisme assureur que le retraité doit accepter, et le contrat qui en résulte est un contrat individuel distinct du contrat collectif d'entreprise, avec sa propre notice d'information.
Le retraité reste libre de ne pas donner suite à cette proposition et de souscrire, s'il le souhaite, un autre contrat de complémentaire santé sur le marché individuel : rien n'oblige à conserver le contrat de l'ancienne entreprise.
Le tarif du contrat individuel après le départ : ce que prévoit la loi
La loi Evin encadre le tarif du contrat individuel proposé après la fin du contrat de travail, que ce soit à l'issue de la portabilité ou lors d'un départ en retraite. Ce tarif ne peut pas être fixé librement par l'organisme assureur dès la première année : il doit respecter des plafonds progressifs sur les trois premières années.
| Période suivant le départ | Plafond de tarif applicable |
|---|---|
| 1re année | Tarif égal à celui des salariés actifs de l'entreprise |
| 2e année | Majoration limitée à 25 % au maximum par rapport au tarif des actifs |
| 3e année | Majoration limitée à 50 % au maximum par rapport au tarif des actifs |
| À partir de la 4e année | Tarif librement fixé par l'organisme assureur |
Cette progressivité signifie que le coût réel du maintien individuel augmente mécaniquement chaque année jusqu'à la quatrième année, où il n'est plus encadré. Un retraité qui envisage de conserver ce contrat sur plusieurs années doit en tenir compte, sans qu'il soit possible d'écrire ici un montant en euros : aucune des sources officielles consultées ne donne le tarif de référence des actifs, qui dépend du contrat de chaque entreprise.
Qui fait quoi : employeur, salarié et organisme assureur
Le rôle de l'employeur
D'après la fiche Service Public sur le maintien de la mutuelle après la fin du contrat de travail, l'employeur signale le maintien des garanties dans le certificat de travail et informe l'organisme assureur de la cessation du contrat de travail du salarié. Cette formalité, pensée d'abord pour la portabilité, s'impose également lorsqu'un salarié part en retraite : c'est elle qui déclenche, côté organisme assureur, l'obligation de proposer le maintien individuel.
Le rôle de l'organisme assureur
L'organisme assureur doit adresser au salarié sortant une proposition de maintien des garanties à titre individuel au plus tard deux mois après la fin de la portabilité, ou, pour un départ en retraite qui n'ouvre pas droit à la portabilité, après la cessation du contrat de travail. C'est cette proposition qui fixe les conditions tarifaires et les garanties du contrat individuel.
Le rôle du salarié ou du retraité
Le salarié qui part en retraite doit répondre à la proposition qui lui est faite s'il souhaite conserver sa couverture ; à défaut d'acceptation, il n'est pas rattaché au contrat individuel et doit, s'il veut rester couvert, souscrire une complémentaire santé par ses propres moyens.
Ce que couvre, et ne couvre pas, le contrat maintenu
Le dispositif loi Evin décrit par Service Public porte sur la complémentaire santé (mutuelle), c'est-à-dire les remboursements de frais de santé en complément de la Sécurité sociale. Les garanties d'un contrat de complémentaire santé d'entreprise respectant les règles du panier de soins minimum couvrent, selon la fiche Service Public consacrée au contrat responsable, l'intégralité du ticket modérateur, la totalité du forfait journalier hospitalier, une prise en charge des frais dentaires et un forfait optique par période définie : ce socle est celui que le contrat collectif devait respecter pendant l'activité, et qui constitue la référence des garanties pouvant être proposées dans le contrat individuel maintenu.
Les garanties de prévoyance (décès, incapacité de travail, invalidité) relèvent d'un régime distinct de celui de la complémentaire santé, financé et organisé séparément par l'entreprise lorsqu'elle en a mis un en place. La portabilité, lorsqu'elle s'applique, peut couvrir à la fois la santé et la prévoyance si l'entreprise dispose d'un régime de prévoyance, mais le maintien individuel loi Evin décrit par les sources consultées concerne la complémentaire santé : pour les questions de prévoyance après un départ, mieux vaut se référer à la notice d'information du régime de prévoyance de l'ancienne entreprise. Le site détaille par ailleurs la portabilité de la prévoyance et de la mutuelle pour les salariés dont la rupture de contrat ouvre droit au chômage.
Les erreurs qui coûtent cher
La première erreur consiste à croire que le départ en retraite ouvre automatiquement droit à douze mois de portabilité gratuite, comme pour un licenciement. Ce n'est pas le cas lorsque le départ ne donne pas droit à l'assurance chômage : c'est le maintien individuel et payant qui s'applique, dès le premier jour.
La deuxième erreur, côté employeur, est d'oublier de signaler au contrat de travail que le salarié part en retraite et de prévenir l'organisme assureur. Sans cette information, l'organisme assureur ne peut pas adresser sa proposition de maintien dans le délai prévu, et le retraité risque de se retrouver sans complémentaire santé le temps que la situation se régularise.
La troisième erreur est de confondre le tarif du contrat individuel avec celui du contrat collectif : même la première année, où le tarif est aligné sur celui des actifs, le retraité paie désormais l'intégralité de la cotisation, alors que pendant son activité l'employeur en finançait au moins la moitié, conformément à l'obligation de participation patronale rappelée par la fiche Service Public Entreprendre sur la complémentaire santé collective.
Enfin, certains retraités attendent la réception de la proposition sans se demander si un autre contrat individuel, sur le marché, correspondrait mieux à leurs besoins une fois à la retraite, notamment pour l'optique, le dentaire ou l'hospitalisation. Rien n'oblige à conserver le contrat de l'ancienne entreprise : comparer les garanties avec ses besoins réels, avant d'accepter ou de refuser la proposition, évite de payer pour des garanties mal adaptées.
Repères loi Evin et retraite
- Texte de référence
- Loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, article 4
- Tarif 1re année
- Égal à celui des actifs
- Tarif 2e année
- Majoration maximale de 25 %
- Tarif 3e année
- Majoration maximale de 50 %
- À partir de la 4e année
- Tarif libre
- Délai de la proposition
- Au plus tard 2 mois après la fin de la portabilité
Vigilance
Le départ volontaire en retraite n'ouvre en principe pas droit à l'assurance chômage : la portabilité gratuite de douze mois, réservée aux ruptures ouvrant droit à une indemnisation chômage, ne s'applique donc pas dans ce cas. Le retraité qui souhaite conserver la mutuelle de son ancienne entreprise doit s'attendre à payer, dès la première année, la totalité de la cotisation, y compris la part qui était auparavant financée par l'employeur.
Questions fréquentes sur la loi Evin et le départ en retraite
Un retraité est-il obligé d'accepter le maintien loi Evin de sa mutuelle d'entreprise ?
Non. La proposition de maintien individuel adressée par l'organisme assureur n'est pas une obligation : le retraité reste libre de ne pas y donner suite et de souscrire un autre contrat de complémentaire santé sur le marché individuel, selon ses besoins.
Le départ en retraite ouvre-t-il droit à la portabilité de douze mois comme un licenciement ?
En principe non, car la portabilité suppose une rupture du contrat de travail ouvrant droit à une prise en charge par l'assurance chômage. Un départ volontaire en retraite ne remplit généralement pas cette condition ; c'est alors le maintien individuel et payant prévu par la loi Evin qui s'applique.
Qui prévient l'organisme assureur du départ en retraite du salarié ?
C'est l'employeur qui signale la cessation du contrat de travail à l'organisme assureur et qui mentionne le maintien possible des garanties dans le certificat de travail du salarié, afin que la proposition de maintien individuel puisse être adressée dans les délais prévus.
Le tarif du contrat individuel est-il le même pendant toute la durée du maintien ?
Non. Il est encadré de façon progressive : égal à celui des actifs la première année, majoré d'au maximum 25 % la deuxième année, d'au maximum 50 % la troisième année, puis librement fixé par l'organisme assureur à partir de la quatrième année.
Le maintien loi Evin couvre-t-il aussi les garanties de prévoyance (décès, incapacité, invalidité) ?
Les sources consultées sur le maintien individuel au départ en retraite portent sur la complémentaire santé. Pour les garanties de prévoyance éventuellement mises en place par l'entreprise, mieux vaut se référer à la notice d'information de ce régime, distinct de la mutuelle santé.
Que se passe-t-il si l'employeur oublie de signaler le départ en retraite à l'organisme assureur ?
La proposition de maintien individuel ne peut pas être adressée au salarié dans de bonnes conditions si l'organisme assureur n'est pas informé de la cessation de son contrat de travail : cette formalité, qui incombe à l'employeur, conditionne l'accès du retraité au dispositif.
Pour aller plus loin sur les textes officiels
- >Un salarié peut-il garder la complémentaire santé (mutuelle) employeur à la fin de son contrat ?, Service Public
- >Quelle obligation pour l'employeur en matière de complémentaire santé ?, Service Public Entreprendre
- >Peut-on refuser la mutuelle ou la prévoyance de son entreprise ?, Service Public
- >Contrat responsable : quelles garanties minimales et maximales ?, Service Public
- >Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié, Service Public
- >Article L1226-1 du code du travail, Code du travail numérique
Au moment de préparer son départ en retraite, mieux vaut vérifier avec son employeur, avant la fin du contrat, que l'information sera bien transmise à l'organisme assureur et demander à recevoir la proposition de maintien par écrit, pour comparer sereinement son contenu et son tarif avec les autres options disponibles sur le marché individuel. Pour mieux comprendre l'ensemble des règles applicables à la mutuelle d'entreprise, notamment la dispense d'adhésion à la mutuelle obligatoire ou la décision unilatérale qui instaure la complémentaire santé, le site propose d'autres articles pratiques sur la protection sociale de branche.
Grégoire Lhermet, rédacteur. Ancien responsable paie et administration du personnel dans une PME du transport, il a ensuite formé des gestionnaires de paie de petites entreprises. Il écrit des guides concrets sur la prévoyance et la mutuelle d'entreprise.